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FN et juifs, un front commun contre l'islam ?

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FN et juifs, un front commun contre l'islam ?

Message  Admin le Mar 25 Oct - 10:56

Écrit par Ilyess
Lundi, 13 Septembre 2010 03:22

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, un débat traverse et divise une partie de l’extrême droite française : faut-il, dans la perspective d’un front commun contre l’islam, nouer des alliances avec la communauté juive ? Ce débat rencontre, en miroir, un écho au sein des franges les plus à droite de la communauté.

Au tournant des années 2000-2001, un essayiste issu des milieux nationaux-souverainistes, Alexandre Del Valle, est accueilli au sein de certaines associations juives pour des conférences sur l’islamisme. Dans la mouvance néo-fasciste, les plus formés idéologiquement hurlent à la manipulation qualifiant Del Valle d’« agent sioniste », tandis qu’au sein de la communauté juive, certains à gauche, s’inquiètent d’une possible instrumentalisation d’une communauté en proie à une vague de violences antisémites sans précédent depuis 1945. Des sites internet comme SOS Racailles, animés par des militants du Front national ou du Mouvement national républicain de Bruno Maigret, appellent à la guerre civile et tentent de séduire la communauté juive en l’appelant à rejoindre l’extrême droite.

Suivant cette logique implicite de rapprochement entre ennemis communs de l’« islamisation de l’Europe », Gilles-William Goldnadel, figure de proue de la droite sioniste en France (lire notre encadré), défend gratuitement Anne Kling, compagne de route du mouvement Alsace d’abord, pour un tract jugé islamophobe. Responsable pour l’Alsace de Droit à la sécurité, association fondée en 1995 par le même Gilles-William Goldnadel suite aux attentats islamistes, Anne Kling se révèle, après avoir écrit une lettre ouverte appelant la communauté juive alsacienne à un rapprochement, une antisémite fanatique : auteur d’un ouvrage sur La France Licratisée, ses écrits sur la Toile font, entre autres, la promotion d’Hervé Lalin/Ryssen, publiciste antisémite qui associe judaïsme et inceste.

Juifs et nationalistes

Parallèlement, Guillaume Faye, idéologue d’extrême droite des années 80, se fait le théoricien d’un discours islamophobe radical, adapté à la nouvelle conjoncture internationale. Ses écrits, volontiers pamphlétaires et provocateurs, n’en contiennent pas moins nombre de similitudes avec ceux de Del Valle ou d’Oriana Fallacci. Il s’agit d’opposer un monde musulman, dans lequel sont confondus immigrés, Français d’origine immigrée et Etats étrangers, à l’Axe du « monde blanc » allant de la Russie aux Etats-Unis en passant par Israël. Ce projet d’union entre Juifs et nationalistes européens s’accompagne en toute logique chez Faye d’une volonté de débarrasser l’extrême droite de ses oripeaux d’antisémitisme. Ce credo constitue le cœur de son dernier essai La nouvelle question juive.

Pour avoir explicitement appelé à une alliance des mouvements d’extrême droite européens avec la communauté juive, soutenu l’Etat d’Israël en tant que représentant de « l’esprit européen » en Orient et surtout qualifié le négationnisme d’imposture, Faye est mis au ban de sa famille politique. De Robert Faurisson à Jürgen Graf, les réseaux négationnistes se déchaînent. Pour autant, Faye reçoit, plus discrètement il est vrai, le soutien de militants ou personnalités de la « famille nationale » qui, par conviction ou stratégie, militent pour l’émergence de mouvements nationaux-populistes « modernes ». Carl Lang, à l’époque secrétaire général du Front national, lui apporte son appui. Cette volonté de « modernisation » du discours est ouvertement affichée par Marine Le Pen, fille du président et fondateur du Front national.

Marine Le Pen

Fin janvier 2006, la presse révèle l’assassinat d’Ilan Halimi, jeune Français juif séquestré et torturé trois semaines durant par des ravisseurs qui, s’imaginant les Juifs tous riches selon le cliché antisémite, attendaient le paiement d’une forte rançon. Dans la foulée, une manifestation est organisée. La majorité de la classe politique française est présente, dont une délégation du Front national composée de proches de Marine Le Pen. Ils sont accueillis et protégés par les militants de la Ligue de défense juive. Cette dernière est à l’origine une organisation juive américaine fondée par le rabbin extrémiste Mëir Kahana. Sa branche française est officiellement créée en 2000 dans le contexte de la seconde intifada. A sa tête, on trouve Mickaël Carlisle, militant depuis une trentaine d’années du Bétar, qu’il a quitté pour diriger l’organisation kahaniste. Suite, entre autres, à la présence de cadres du Front national lors de la marche en mémoire d’Ilan Halimi, une rencontre a lieu entre Marine Le Pen et Mickaël Carlisle. Ce dernier plaide auprès de la fille de Jean-Marie Le Pen pour un abandon de l’antisémitisme sur le modèle de ce que fit plusieurs années auparavant l’ancien leader néofasciste italien Gianfranco Fini en se rendant en Israël et en particulier au mémorial de Yad Vashem.

Pour autant, ce qui peut apparaître comme un début de rapprochement tourne court assez rapidement. Le samedi 11 novembre 2006 a lieu la traditionnelle « fête des Bleu Blanc Rouge » du Front national. Aucunement invité, Mickaël Carlisle y est présent, d’abord par habitude militante, ayant « suivi » les mouvements d’extrême droite durant des décennies, et sûrement aussi afin d’y « tâter » le terrain. Coup de théâtre : Dieudonné, humoriste spécialisé dans les saillies antisémites, est accueilli en fanfares, entouré par les gros bras du service d’ordre du Front national et une foule d’admirateurs. Se retrouvant nez à nez avec lui, le responsable de la Ligue de défense juive hurle à son adresse : « Antisémite ! Antisémite ! », alors qu’un membre du service d’ordre du Front national prenant la défense de l’humoriste lui rétorque : «Retourne en Israël !». Confusion la plus totale. Mickaël Carlisle retrouve peu après, au milieu de la fête, Marine Le Pen à qui il fait part de son écœurement, ne cachant pas qu’il se réjouit de savoir que le voyage qu’elle projetait de faire en Israël a été annulé.

Stratégie politique

Au-delà de ces démarches, restées néanmoins circonscrites et dont les derniers rapprochements entre Dieudonné et le Front national ont fini de montrer l’inanité, un certain nombre de questions d’ordre politique se posent. La plus essentielle concerne l’attitude à adopter face aux organisations qui, sans le condamner formellement (et la nuance mérite d’être soulignée), prônent par stratégie politique l’absence de tout discours antisémite. On se souvient du Bloc identitaire qui entama, sur le fondement de ce postulat, un dialogue public voici quelques années avec Maurice G. Dantec, auteur de polars et de science-fiction aux positions pro-israéliennes et néo-conservatrices affichées. Si certains s’imaginent que les nouvelles formes d’antisémitisme doivent amener la communauté juive à adopter une position de neutralité ou de bienveillance vis-à-vis de tels mouvements d’extrême droite, on peut au contraire estimer que le credo d’une France ethniquement « blanche », au même titre que celui du refus de distinguer l’islam de l’islamisme, se révèlent à terme contraires aux intérêts politiques de la communauté juive.

France-Israël à droite toute !

Fin janvier 2010, Gilles-William Goldnadel est élu « triomphalement » au comité directeur du CRIF. Un des premiers dans la communauté juive à avoir rencontré Jean-Marie Le Pen et sa fille, cet avocat parisien ne cache pas ses sympathies pour une certaine « droite nationale ». Pour preuve, la création d’une section jeunesse de l’association, France-Israël Jeunes, par un ancien membre du Front national. A sa tête, il s’emploie à jeter des passerelles entre « patriotes français » et sionistes de droite. Benoît Fleury, ancien dirigeant du groupuscule néo-fasciste estudiantin Groupe Union Défense (GUD) à la Faculté parisienne d’Assas et antisémite notoire, reçoit ainsi le soutien de France-Israël Jeunes lors de la polémique sur sa nomination à l’Université.

Plus récemment, il s’engage à la reconstitution du GUD, appelant au passage les militants sionistes de droite à le rejoindre. Le scénario se reproduit avec le projet de création d’une Ligue de défense française. Le site internet officieux de cette mouvance, Le Lion ardent, qui apporte son soutien aux candidats du Front national en Ile-de-France, a fait la promotion de l’apéro « saucisson pinard » en juin 2010. Cet événement faussement folklorique est en fait une opération politique du Bloc identitaire visant à organiser une dégustation de viande de porc et d’alcool à la Goutte d’Or, cœur historique du quartier arabe de Paris.

Identifiés comme « sionistes » par les néo-nazis présents, les quelques sympathisants de France-Israël Jeunes sont accueillis aux cris de « voici les rats ! » et quittent précipitamment les lieux de peur d’un lynchage. Là encore, la même logique d’alliance contre-politique, effectuée sur la base de raccourcis idéologiques, conduisant à absoudre un antisémitisme d’extrême droite supposé « moins dangereux » que celui tout aussi réel des islamistes, aboutit à une impasse.

Source : la revue REGARDS en ligne, le 9 septembre. Daniel Bensoussan-Bursztein


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